Les maires ruraux abandonnés des politiques publiques

Près de deux cents personnes, élus et citoyens, se sont réunies hier matin à Sainte-Alvère pour dénoncer les fermetures annoncées de quatre gendarmeries et défendre le maintien des services publics en territoire rural.
Les maires ruraux abandonnés des politiques publiques.


Il y a un demi-siècle, on criait dans les rues de Paris « Crs ss ». Ce lundi, les manifestants de Sainte-Alvère s’égosillaient d’« on veut nos gendarmes ». Les temps changent, les services publics aussi. Et s’est bien là tout l’objet de ce rassemblement initié par les maires de Sainte-Alvère, du Buisson-de-Cadouin, de Monpazier et du Lardin-Saint-Lazare, tous quatre concernés par les fermetures annoncées de leurs gendarmeries. Autour du quatuor de nombreux élus de petites communes alentours, tous venus porter main forte à ce combat comme Laurent Péréa Maire de Saint Capraise de Lalinde.

 

« Les pouvoirs régaliens de l’Etat doivent être maintenus sur l’ensemble de notre territoire », martèle Philippe Ducène, « la sécurité doit être assurée pleinement y compris dans nos campagnes ». Le premier magistrat du village ne manquera pas de pointer l’incohérence des arguments censés justifier ces fermetures : « Selon le colonel, ces structures manqueraient d’activités, leur regroupement conduirait à plus d’efficacité. Parce qu’il n’y a pas de malade dans un village on n’y met pas de médecin ? La prévention nécessite une présence, c’est aussi là le rôle d’une gendarmerie ». Philippe Ducène égratignera au passage les comportements sur ce dossier de la députée du Bergeracois Brigitte Allain, et du président du Conseil départemental de la Dordogne Germinal Peiro. « On ne peut pas se dire attachés au monde rural et ne pas se soucier de la désertification des services publics qui le frappe ».


Démantèlement du monde rural


Jean-Marc Gouin, le maire du Buisson-de-Cadouin se dit lui encore sous le choc de cette annonce. « Nous habitons un ex chef lieu de canton de deux-mille quatre-cents habitants. Nos gendarmes sont là pour gérer les accidents, recueillir les plaintes, mais aussi pour rendre visite aux personnes âgées... La suppression de ce service de proximité me donne l’impression d’un démantèlement organisé du milieu rural comme un vieux navire que l’on voudrait mettre au rebut ». L’incompréhension est la même chez l’élu monpaziérois : « Notre canton c’est deux mille habitants, et un lieu hautement toursitique qui accueille chaque année près de trois cents mille visiteurs », note Fabrice Duppi, « la sécurité ne peut être bradée sous prétexte d’économie ».

 

Ce dernier est d’autant plus sensible à ce nouveau coup porté, que sa commune a déjà vu disparaître l’an passé une classe d’école, le tri postal, et des menaces planent actuellement sur sa perception. « Cette nouvelle mesure ne fait que renforcer le sentiment d’abandon, cette impression d’urbains contre ruraux, c’est tout simplement inconcevable ». Les propos de chacun font écho chez tous les maires pour qui cette bataille est loin d’être étangère à leur quotidien d’élus. « Le monde rural est méprisé », glisse la maire déléguée de Paleyrac, « hier l’école, la Poste, aujourd’hui la gendarmerie et demain quoi ? Les mairies ? S’il faut sortir la fourche pour défendre nos services publics nous le ferons, nous nous laisserons pas dépecer de tout ce qui fait le lien social de nos campagnes ». « La seule loi qui semble aujourd’hui guider notre pays est celle de la calculette. Nous subissons des mesures d’une incohérence incroyable loin des préoccupations des citoyens », lache Jean Lacotte, premier magistrat de Singleyrac.

 

Pour Laurent Péréa Maire de Saint Capraise Lalinde et chef de file Départemental pour les Régionales: "Nous arrivons à une situation de plus en plus intenable, explosive à très court terme, qui voit les collectivités pris dans un véritable étau :


- augmenter les impôts ;
- baisser les investissements donc pénaliser l’économie locale, l’emploi en direct ;
- baisser les charges de fonctionnement notamment les charges liées aux personnels et les aides aux associations avec les conséquences que cela peut avoir dans le social, la culture, le sport.....
- tout marchandiser, faire tout payer y compris des activités gratuites auparavant
Chacun le sait les marges de manoeuvre des collectivités pour faire des économies sont plus que réduites.


En ça, une nouvelle approche démocratique doit prendre corps dans la relation élu-citoyen tout comme l’impératif d’une rupture, d’un rôle structurant du politique."

 

La pétition contre la fermeture de ces quatre gendarmeries a déjà recueilli plus de six cents signatures. Les maires affichent leur détermination à ce que les pouvoirs publics reviennent sur leur décision, et promettent d’ores-et-déjà de nouvelles actions.

 

Revenir